
Hanoukka
Il est intéressant de constater que la fête de Hanouka a été instituée par nos Sages en souvenir du miracle de la fiole d’huile qui brûla miraculeusement pendant huit jours, alors que la victoire militaire contre les Grecs semble reléguée au second plan. La raison profonde réside dans le fait que la véritable victoire que nous célébrons est avant tout d’ordre spirituel, bien qu’un effort de messirout néfech (dévouement jusqu’au sacrifice) sur le plan militaire ait été exigé des Hachmonaïm.
Le Midrash qualifie l’exil de Yavane (la Grèce) de h’ocheh’ (obscurité). Ce qualificatif peut sembler étonnant, étant donné que les Grecs ont, au contraire, largement contribué au développement de la pensée par leurs avancées en philosophie et en méthodologie. On peut même considérer la démarche scientifique – consistant à élaborer des raisonnements basés sur des hypothèses claires et vérifiables – comme un héritage des grands penseurs grecs.
En réalité, ce schéma de pensée, bien qu’utile et nécessaire, atteint ses limites dès qu’il s’agit du divin. Se restreindre à ce que nos cinq sens peuvent percevoir et à ce que notre réflexion humaine peut analyser devient un obstacle à la émouna (foi), qui nous permet de transcender ces limites et de nous lier au Créateur de toutes choses.
Si notre logique et notre observation du monde sont précieuses, voire indispensables, elles ne doivent jamais nous conduire à une philosophie matérialiste, déconnectée de toute spiritualité. Bien au contraire, elles doivent être subordonnées à notre émouna, qui fixe nos objectifs de vie et nous attache au Ein Sof (l’Infini divin).
C’est en ce sens que les Yevanim ont cherché à obscurcir nos yeux, en nous enfermant dans une vision limitée au monde matériel.Les bougies que nous allumons symbolisent la relation juste et profonde entre ces deux approches : la flamme, représentant la dimension spirituelle, brille en consumant un élément physique (le ner) , qui incarne l’approche matérielle du savoir et de la logique.
Cette flamme, allumée dans nos foyers, a pour mission d’éclairer l’obscurité de l’exil. Elle doit rayonner au-delà de nos murs, illuminant le monde par sa kedoucha (sainteté) et rappelant que le spirituel doit toujours transcender et orienter le matériel.