
La Guemara trouve un remez au personnage de Haman dans le verset : « הֲמִן הָעֵץ אֲשֶׁר אָמַרְתִּי לְךָ« (Hamin Ha’ets Asher Amarti Lecha), où Hachem reproche à Adam Harishon d’avoir consommé le Etz HaDaat Tov VeRa. Loin d’être un simple jeu de mots, la Guemara nous révèle ici l’essence spirituelle profonde de Haman.
Le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal a introduit en l’homme la possibilité de s’éloigner de la vérité en créant un système imaginaire, étranger au Ratzon Hachem. C’est précisément là tout le projet d’Amalek : « רֵאשִׁית גּוֹיִם עֲמָלֵק« (Rechit Goyim Amalek), il cherche à fonder une autre origine, zt donc une autre finalité. Mais comme il est dit : « וְאַחֲרִיתוֹ עֲדֵי אֹבֵד« (Acharito Ade Oved), son idéologie illusoire, basée sur des croyances fictives, ne peut que le mener à la destruction.
Il est écrit à propos d’Amalek : « אֲשֶׁר קָרְךָ בַּדֶּרֶךְ« (Asher Karecha Baderech). Il a cherché à refroidir notre élan spirituel sur le chemin, mais le mot « קָרְךָ« (Karecha) est aussi lié à מִקְרֶה (Mikré – le hasard). Car tel est le but d’Amalek : nous faire croire que tout n’est que hasard, qu’il n’existe pas de vérité transcendante.
Or, à l’instar des Keshafim (sorcelleries) ou des Shedim (démons) qui ne peuvent nuire qu’à celui qui leur accorde du crédit, Amalek ne dispose de pouvoir que lorsque les Bnei Israël se laissent séduire par ses illusions. C’est pourquoi Rabbi Hanina ne craignait pas la sorcellerie, affirmant : « אֵין עוֹד מִלְבַדּוֹ« (Ein Od Milvado – Il n’y a rien en dehors d’Hachem).
Pour cela, lorsqu’Israël combattit Amalek, la victoire ne fut possible que lorsque Moshé levait les mains. Ce geste leur rappelait « אֵין עוֹד מִלְבַדּוֹ » (Ein Od Milvado – Il n’y a rien en dehors d’Hachem), privant ainsi Amalek de sa force illusoire.
La raison de la gzera de Pourim repose sur deux éléments : l’hishta’havaya latzelem (s’être prosterné devant l’idole) et le fait d’avoir profité du festin d’Assuérus. Rachi rapporte ces deux causes dans la Méguila, bien qu’il s’agisse d’une discussion entre Rabbi Shimon Bar Yohaï et ses élèves.
En participant au festin d’Assuérus, les Bnei Israël ont validé l’idéologie du « mikré » (le hasard), car ce festin célébrait l’idée que les 70 ans annoncés par les prophètes pour la Délivrance s’étaient écoulés sans que rien ne se passe. C’était donc une manière de dire que la Providence divine avait disparu, ‘Hass Vechalom.
Mais lorsque les Bnei Israël firent Teshouva, ils privèrent Amalek de sa force, et le renversement de situation s’opéra. C’est pourquoi Pourim est lié au rire, qui naît d’un retournement soudain.
Or, comme le pouvoir fictif attribué au mal n’existe que pour donner l’opportunité au bien de le vaincre, c’est Haman qui finit pendu sur la potence qu’il avait préparée pour Mordekhaï.