ויקרא

Concernant la raison donnée pour la mitsva des korbanot, le Ramban s’étonne de l’explication avancée par le Rambam dans son Moreh Nevukhim. En effet, ce dernier écrit que les sacrifices ne seraient qu’un moyen de canaliser les pulsions idolâtres des Bnei Israël, habitués à ce type de pratiques dans le passé, à l’instar des Égyptiens et des Kasdim, qui offraient des sacrifices à leurs idoles.

L’étonnement du Ramban est double. D’une part, la Torah décrit le korban comme un réa’h ni’hoa’h laHashem – une offrande procurant une satisfaction spirituelle à Hachem – ce qui implique un lien profond entre le sacrifice et le divin, avec un impact positif sur l’ensemble des olamot (mondes spirituels). D’autre part, comment comprendre cette explication si Adam HaRishon, avant même la faute, a apporté un korban à Hachem ? De plus, selon la tradition, cette pratique sera réinstaurée après la venue du Machia’h.

Pour tenter de répondre à cette interrogation, il est essentiel de rappeler qu’au moment où Hazal ont annulé le yetser hara de l’Avoda Zara, la prophétie a également disparu. À première vue, on pourrait penser qu’il ne s’agit que d’un simple équilibre (zeh le’umat zeh), mais une analyse plus poussée permet de suggérer que ces deux notions ont en réalité une racine commune…

Cela reviendrait à dire qu’à cette époque, l’âme humaine était animée d’une soif intense de mystique et d’un besoin vital de connexion avec le spirituel. Cependant, tandis que s’attacher au Créateur et accéder ainsi à la prophétie nécessitait des efforts considérables – des années de travail pour raffiner son caractère, accroître sa sagesse et se détacher du matériel –, l’avoda zara offrait une alternative plus accessible. Elle permettait à l’homme de s’attacher, non pas à Hachem lui-même, mais à Ses serviteurs spirituels : anges, démons ou astres. Cette méthode de compensation offrait une connexion rapide au transcendant sans exiger d’efforts personnels.

Or, si cette pratique est strictement interdite, c’est parce qu’Hachem attend de nous que nous nous attachions à Lui et non à Ses intermédiaires. La gravité de l’idolâtrie découle de l’amour immense qu’Hachem porte à Son peuple : Il désire une relation directe avec nous, comme un époux jaloux de l’infidélité de sa bien-aimée. Ce parallèle est d’ailleurs souligné dans les Loukhot HaBrit, où le commandement « Lo yiye lekha Elohim a’herim » (« Tu n’auras pas d’autres dieux ») se trouve en face de « Lo tinaf » (« Tu ne commettras pas d’adultère »).

Nous pouvons ainsi répondre à l’étonnement du Ramban face à l’explication du Rambam. Lorsque ce dernier parle des korbanot comme d’un moyen de canaliser la tendance à l’avoda zara, il ne faut pas comprendre cela comme une simple nécessité historique, mais plutôt comme un besoin inhérent à toute personne de haut niveau spirituel, qui ressent un désir profond de connexion avec le divin. L’avoda zara n’est, en réalité, que l’aboutissement d’une expansion exagérée de l’ego : l’idolâtre cherche à instrumentaliser une divinité étrangère à son profit, tandis que hamavdil dans la avodat Hachem, c’est l’homme qui se met au service du Créateur.

De nos jours, en l’absence du Beit HaMikdash, c’est la tefila qui remplace les korbanot, nous offrant la possibilité de soumettre notre cœur à Hachem et de cultiver un lien direct avec Lui.

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