אחרי־מות ־ קדושים

La signification des deux se’irim de Yom Kippour

La notion des deux boucs (se’irim) apportés à Yom Kippour est profondément mystérieuse et mérite une explication approfondie. Comment comprendre que, d’un côté, le sang de l’un d’eux est aspergé dans le Kodech Hakodachim — l’endroit le plus saint du Mishkan — alors que l’autre est envoyé dans le désert, à Azazel, représentant des forces du mal et du démoniaque ? Et surtout, comment un tel rituel pouvait-il réellement apporter le pardon au peuple d’Israël ?

Le Midrash Rabbah nous met sur une piste. Il explique que le se’ir (bouc) représente Essav, appelé dans la Torah « Ich Saïr », l’homme velu. Et le verset “avonotam” — “leurs fautes” — peut se lire avonot tam, les fautes du “Tam”, l’homme intègre, Yaakov. Comme si, en ce jour, les fautes de Yaakov étaient transférées sur Essav. Une idée troublante, qui appelle encore à être éclaircie.

Le Maharal de Prague apporte ici un éclairage fondamental. Il remarque que la valeur numérique de se’ir (580) est la même que celle de hayetser hara, le mauvais penchant. Cela signifie que les fautes d’Israël trouvent leur source profonde dans l’influence d’Essav — symbole de l’exil d’Édom — et du Yétser Hara, qui est son ange et sa force spirituelle. Selon cette lecture, tant que le peuple juif est soumis à l’influence d’Édom, il est vulnérable à l’égarement. Mais viendra un temps où cette influence prendra fin, et alors, tout le mal disparaîtra de la terre.

Car en essence, Israël est kadoch — intrinsèquement saint et lié à Hachem. Le bouc envoyé à Azazel représente cette vérité : nos fautes ne nous définissent pas. Elles sont le fruit d’influences extérieures, du Satane, d’Édom, du Yétser Hara. En revanche, le bouc dont le sang est aspergé dans le Saint des Saints exprime cette autre vérité essentielle : en profondeur, nous appartenons entièrement à Hachem.

Cette tension entre les forces extérieures et notre intériorité sacrée se retrouve aussi dans la paracha Kedoshim, où Hachem nous ordonne : “Vous serez saints, car Moi, Hachem, Je suis saint.” Rachi explique que cette sainteté passe par la séparation des arayot (relations interdites), tandis que le Ramban voit là une invitation plus large à se détacher de l’excès de matérialité.

Mais une question demeure : si la Torah nous demande d’être saints comme Hachem, pourquoi préciser que Sa sainteté dépasse la nôtre ? Le Shaar Hayosher répond que la sainteté suprême consiste à agir uniquement pour les autres, sans aucun intérêt personnel. Hachem agit uniquement pour Ses créatures, tandis que l’homme, même au plus haut niveau, doit tout de même penser un minimum à lui-même pour survivre. Cette différence de niveau explique pourquoi la sainteté d’Hachem est supérieure à la nôtre.

Ce modèle de sainteté inclut en réalité les explications de Rachi et du Ramban. Car celui qui agit par altruisme véritable se détache naturellement des passions égoïstes. Comme le dit le verset : “Letaava yevakesh nifrad” — “Celui qui cherche la passion s’isole” —, c’est bien l’égoïsme qui pousse vers les excès matériels. Ainsi, la vraie kedoucha est un chemin d’ouverture à l’autre, de détachement de soi, et de retour à notre essence profonde, connectée à Hachem.

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