חכמה בינה ודעת

Selon nos sources kabbalistiques, les teh’ounot (qualités ou propriétés) associées aux moh’in (facultés intellectuelles) sont appelées Hoh’ma (sagesse), Bina (discernement) et Daat (connaissance). Pour mieux saisir leur rôle et leur complémentarité, prenons un exemple simple :

Imaginons un homme qui projette de bâtir une maison. Dans un premier temps, l’idée émerge dans son esprit : il désire construire un édifice. Ce stade correspond à la Hoh’ma, qui est la capacité de faire jaillir un concept de manière générale et théorique. Ensuite, cet homme passe à une réflexion plus détaillée : il réfléchit aux dimensions de la maison, au nombre d’étages, à l’architecture et aux matériaux nécessaires. C’est ici que la Bina intervient, en affinant et en développant l’idée initiale, rendant le projet concret et praticable. Enfin, vient l’étape de la réalisation. L’homme transmet ses instructions aux maçons, leur communiquant un plan clair et précis pour exécuter la construction. Cette phase correspond à la Daat, qui agit comme un pont entre la réflexion et l’action, traduisant l’idée pensée en réalité concrète.

Dans cette dynamique, la Hoh’ma et la Bina sont souvent comparées à un père (Aba) et une mère (Ima) en raison de leur partenariat essentiel. La Hoh’ma, source d’idées, fournit une impulsion initiale, tandis que la Bina agit comme une matrice où ces idées sont développées, raffinées et structurées. Ensemble, elles permettent d’aboutir à la Daat, qui donne vie au projet et le rend tangible. Ainsi, nos actions, bien qu’elles prennent racine dans l’intellect, nécessitent cette collaboration intime entre théorie et réflexion pratique pour se manifester pleinement dans le monde.

Il est intéressant de noter que, selon la Kabbala, la Hoh’ma est associée au cerveau droit, la Bina au cerveau gauche, et la Daat à l’arrière du cerveau, relié au Hout Hachidra (la colonne vertébrale). Cette disposition évoque fortement les découvertes du neurobiologiste Roger Sperry dans les années 1960, lorsqu’il mit en évidence l’existence d’un cerveau droit, créatif et intuitif, et d’un cerveau gauche, logique et analytique.

De manière fascinante, la Daat, qui a pour rôle d’établir une connexion entre l’intellect et le corps, rappelle les fonctions du bulbe rachidien et du cervelet. Ces structures cérébrales sont responsables des fonctions vitales et des mouvements, assurant ainsi une communication constante entre le cerveau et le reste du corps.

Cela nous offre une leçon profonde : notre véritable travail consiste à passer par ces trois étapes. Nous devons d’abord développer des idées théoriques (Hoh’ma), leur donner une dimension pratique et concrète (Bina), puis les intégrer pleinement à nos vécus existentiels (Daat). Cette intégration doit être si profonde que ces enseignements deviennent aussi naturels et essentiels que des fonctions vitales innées, transformant notre théorie en une véritable manière de vivre.

La Hoh’ma est également associée au patriarche Avraham, car elle reflète une fonction de créativité abondante, à l’image du Hessed (générosité) qui caractérise Avraham. La Bina, quant à elle, est liée à Its’hak, car elle analyse et décompose logiquement les données, incarnant la rigueur et la réflexion profonde qui définissent ce patriarche. Enfin, la Daat, correspondant à la connexion entre l’intellect et le corps, représente le patriarche Yaacov. Elle est associée à l’étude de la Torah, où le divin s’incarne dans tous les éléments, même les plus matériels de notre monde. Cela se reflète dans le rêve de Yaacov, où une échelle reliait le ciel et la terre, symbolisant cette union spirituelle et matérielle.

Pour conclure sur ce thème de la « cartographie cérébrale, » évoquons un enseignement du Ramban. Il nous rappelle que les Tefiline, qui contiennent entre autres la paracha de la Bekhora (primogéniture), sont posées sur l’avant du crâne. Cette région du cerveau, que l’on identifie aujourd’hui comme le cortex préfrontal, est responsable de la gestion des données stockées à court terme, les « données premières. » Ainsi, les Tefiline nous connectent directement à cette faculté de conscience initiale, rappelant le rôle de la Bekhora, qui porte une responsabilité première et essentielle dans le service divin.

Puisse chacun de nous, en harmonisant sagesse, discernement et connaissance, transformer nos idées en actions concrètes, et que notre étude de la Torah devienne une force vivante, guidant nos vies, à l’image de l’échelle du rêve de Yaacov !

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