
Dvar Torah – Parachat Pinhas et les Trois Semaines
La paracha de Pinhas est souvent lue durant la période douloureuse de Ben Hametsarim, les « trois semaines » qui s’étendent du 17 Tamouz au 9 Av. Chacun de ces deux jours marque une chute spirituelle majeure, avec cinq raisons de deuil associées à chacun d’eux. Pourtant, deux événements se détachent :
- Le 17 Tamouz, ce sont les Lou’hot, les Tables de la Loi, qui sont brisées suite au Hèt haEgel, la faute du Veau d’or.
- Le 9 Av, c’est le décret divin interdisant à la génération du désert d’entrer en Erets Israël, conséquence du péché des explorateurs.
La faute du veau d’or est bien plus grave qu’une simple idolâtrie : Rachi nous enseigne que le terme « tsé’hok » fait aussi allusion à la débauche et au meurtre, en l’occurrence celui de Hour. Le Maharal nous révèle alors que ces trois fautes – avoda zara, guilouy arayot, et chfihout damim – sont l’antithèse des trois piliers spirituels incarnés par Avraham, Yits’hak et Yaakov. Le premier Beth Hamikdash, qui reposait sur leurs mérites, a été détruit à cause de ces fautes, comme si elles en avaient sapé les fondations.
Ce premier Horban (destruction) correspond à un effondrement de la Torah shebikhtav, la Torah écrite – une spiritualité céleste, pure, désincarnée, comme le souligne le Gaon de Vilna.
À l’inverse, Erets Israël représente l’incarnation du spirituel dans le monde matériel, le règne de la Torah shebe’al pé, la Torah orale, qui se vit dans le quotidien. C’est précisément ce lien vivant avec la terre qui est brisé lors du 9 Av.
Et voilà que Pinhas surgit, au cœur de cette période sombre, avec un acte radical : il stoppe une hémorragie spirituelle par une action de kanaout (zèle divin). Son geste vient réparer les trois fautes originelles :
- Avoda Zara, car il s’élève contre le culte de Baal Peor,
- Guilouy arayot, par son opposition à l’union impure entre Zimri et Kozbi,
- Et même Chfih’out Damim, car bien que son acte ressemble à un meurtre, il conduit en réalité à la paix éternelle – Beriti Shalom – et lui confère la Kehouna, preuve qu’il a agi selon une volonté divine et non destructrice.
Mais plus encore : Pinhas incarne la dimension profonde de la Torah shebe’al pé. Son action se base sur une halakha non écrite, transmise oralement : « Kanaïm pogim bo », une loi qui ne peut être appliquée que si elle jaillit du cœur, sans injonction extérieure. En cela, il devient un symbole vivant de cette Torah orale, celle qui émerge de l’intériorité humaine, et non d’un texte figé.
Ainsi, le mérite de Pinhas est immense :
- Il répare la brisure des Lou’hot – Horban de la Torah écrite,
- Et il répare l’échec d’Erets Israël – Horban de la Torah orale.
Il fait le pont entre les deux mondes. Dans cette période de deuil, il nous rappelle que même les fautes les plus graves peuvent être réparées si l’homme agit avec intégrité, ferveur et fidélité à la volonté divine.