
Dans la paracha Behaalotekha, Rachi rapporte au nom du Midrash Tanhouma qu’Aharon HaCohen fut attristé en voyant les offrandes des Nessiim, les princes des tribus. Hachem le consola alors en lui disant que son rôle était encore plus grand : il aurait le mérite d’allumer la Ménorah dans le Michkan.
Mais on peut s’interroger : pourquoi Aharon ressent-il une telle peine, alors que tout le service du Mishkan passe déjà par lui ? Et pourquoi Hachem le réconforte-t-Il spécifiquement à travers la mitsva de l’allumage des lumières ?
Le Ramban explique que la consolation d’Hachem va bien au-delà du service immédiat : l’allumage de la Ménorah se perpétuera dans l’histoire, même après la destruction du Beit Hamikdash, à travers l’allumage des bougies de ‘Hanouka.
À la lumière de cela, on peut proposer une lecture plus profonde : les Nessiim ont apporté leurs offrandes de manière spontanée, chacun selon la racine spirituelle de son âme. Ce geste relève d’une démarche intérieure, proche de celle de la Torah CheBe’al Pé – la Torah orale – où l’homme fait jaillir de lui-même des enseignements de Torah issus de son propre esprit. En revanche, la Torah CheBiKhtav – la Torah écrite – est reçue d’en haut, telle quelle, à la manière d’un réceptacle.
Aharon a pu ressentir un manque vis-à-vis de cette dimension créative de la Torah CheBe’al Pé, pensant que son rôle n’était peut-être pas à la hauteur de cette initiative profonde des Nessiim. Hachem le rassure alors : son allumage de la Ménorah est justement le symbole de cette Torah vivante, de cette lumière que l’homme fait jaillir de lui-même – non pas malgré sa condition humaine, mais grâce à elle, avec ses forces et ses fragilités.
Ce n’est pas un hasard si les ‘Hachmonaïm, descendants d’Aharon HaCohen, ont mérité le miracle de ‘Hanouka : par eux, la lumière de la Torah orale a triomphé des ténèbres de la pensée grecque. Le Zohar ajoute que le verset « Yehi ken » (qu’il en soit ainsi), qui n’a pas été dit lors de la création de la lumière – car celle-ci fut dissimulée (Or HaGanouz) – a été « complété » par le verset Vayaas ken Aharon (« Et Aharon fit ainsi »). Par l’allumage de la Ménorah, Aharon a fait descendre sur terre cette lumière cachée, révélatrice des secrets de la Torah.
Et aujourd’hui encore, nous prolongeons cette mission : à travers l’allumage des lumières de ‘Hanouka et l’étude de la Torah, nous continuons d’éclairer le monde avec l’Or HaGanouz, cette lumière intérieure et éternelle.