דברים

Il y a lieu de s’étonner de la nécessité du Séfer Devarim. Pourquoi la Torah consacre-t-elle un livre entier à répéter des enseignements déjà transmis dans les quatre premiers livres ? C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est appelé Michné Torah, la « répétition de la Torah ».

En réalité, nos Sages enseignent que ce livre fut prononcé par Moché Rabbénou mipi atsmo, de sa propre bouche. Bien entendu, ces paroles furent ensuite intégrées à la Torah sur ordre d’Hachem et avec une inspiration divine absolue. Mais, contrairement aux autres livres, Moché ne se contente pas ici de transmettre directement la parole divine : il reprend les principes déjà enseignés, les développe, les explique et les fait passer à travers sa propre compréhension.

Le Séfer Devarim constitue ainsi le point de rencontre entre la Torah Chébikhtav, la Torah écrite, et la Torah Chébéal Pé, la Torah orale. Il représente le passage entre la parole divine descendue d’en haut et l’effort de compréhension qui jaillit de l’esprit et de l’âme de l’homme.

C’est peut-être ainsi qu’il faut comprendre le verset :

הוֹאִיל מֹשֶׁה בֵּאֵר אֶת הַתּוֹרָה הַזֹּאת

« Moché entreprit d’expliquer cette Torah. »

Le terme béer, qui signifie expliquer, évoque également un béer, un puits ou une source d’eau. Ce rapprochement est profondément significatif. La Torah orale ressemble à une source qui jaillit des profondeurs de la terre. Elle représente cet élan de vitalité et de spiritualité qui émane du plus profond de l’âme humaine lorsqu’elle s’attache à la Torah et cherche à en révéler le sens.

Le Séfer Devarim correspond donc également à une nouvelle étape dans l’évolution de Moché Rabbénou.

Lorsqu’Hachem lui demanda, en Égypte, de se présenter devant Pharaon, Moché se décrit comme :

כְבַד פֶּה וּכְבַד לָשׁוֹן

« ayant bouche lourde et la langue lourde. »

Il ne s’agissait peut-être pas uniquement d’une difficulté physique à parler. La pensée de Moché se situait à un niveau de spiritualité et d’abstraction tellement élevé qu’il lui était difficile de l’enfermer dans des mots accessibles aux hommes. Les paroles humaines semblaient trop limitées pour contenir la profondeur de sa perception.

Mais après le don de la Torah, une transformation fondamentale s’est produite. La Torah est descendue sur terre. Les réalités spirituelles les plus élevées sont devenues accessibles à l’intelligence humaine, à condition que l’homme se consacre à leur étude avec pureté et fidélité.

Moché devient alors capable non seulement de transmettre la parole d’Hachem, mais également d’exprimer clairement sa propre compréhension de cette parole. Celui qui se disait auparavant « lourd de bouche et lourd de langue » prononce désormais tout le Séfer Devarim, avec une force et une clarté extraordinaires.

On peut ajouter que son blocage était également lié à l’impureté de l’Égypte. L’exil d’Égypte représentait le galout hadibour, l’exil de la parole. La pensée, le langage et tout le système d’expression étaient tellement enfermés dans la matérialité qu’il devenait presque impossible d’exprimer clairement une réalité spirituelle.

La sortie d’Égypte ne fut donc pas uniquement la libération des corps. Elle fut aussi la libération de la parole, de la pensée et de la capacité à révéler la présence divine dans le monde.

C’est peut-être pour cette raison que la sortie d’Égypte est évoquée quarante-neuf fois dans la Torah : elle correspond à la sortie progressive des quarante-neuf portes d’impureté, qui empêchaient la lumière de la Torah de se révéler clairement dans le monde.

À titre personnel, nous pouvons désormais mieux comprendre pourquoi nous avons l’obligation de nous souvenir chaque jour de la sortie d’Égypte.

Chacun possède sa propre Égypte, ses propres enfermements, ses habitudes, ses limites, ses peurs et sa vision trop matérielle de l’existence. Se souvenir de Yetsiat Mitsrayim, c’est chercher chaque jour à sortir de cette prison intérieure, à libérer notre pensée et notre parole, afin de devenir capables d’accéder aux profondeurs et aux splendeurs infinies de notre sainte Torah.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut