
Hochana Rabba – Le dernier sceau
Nous pouvons nous poser plusieurs questions concernant le jugement de Hochana Rabba.
- D’abord, n’avons-nous pas déjà été “scellés” à Kippour ? Quelle place reste-t-il encore à un jugement supplémentaire ? Le Arizal parle ici d’une “h’atima betokh h’atima” — un sceau dans le sceau : une finalisation du décret, une précision ultime dans la manière dont il se concrétisera.
- Ensuite, quel est le lien entre ce jugement personnel, que le Rama illustre par le simane de la lune (l’ombre de la tête), et le jugement sur l’eau — car “behag nidonim al hamayim”, à Soukot, nous sommes jugés sur l’eau, comme le souligne explicitement le Gaon de Vilna ?
- Enfin, pourquoi ce jour est-il appelé “Yom Arava”, le “jour du saule”, symbole par excellence de l’absence de goût et d’odeur, de Torah et de mitsvot ?
L’eau comme reflet du flux divin
Pour répondre à cela, gardons à l’esprit un principe fondamental enseigné par le Maharal :
Tout ce qui se produit dans le monde matériel n’est que la manifestation de réalités spirituelles supérieures.
Ainsi, si à Hochana Rabba nous sommes jugés sur l’eau, c’est qu’en vérité, nous sommes jugés sur le flux de vitalité divine — cette “eau d’en haut” qui irrigue nos âmes.
Lors du deuxième jour de la Création, Hachem sépara les eaux d’en haut et les eaux d’en bas.
Les premières devinrent la source de toute profusion spirituelle, tandis que les secondes, éloignées de leur origine, devinrent le réservoir des désirs matériels, les taavot.
Les eaux d’en bas se sont alors plaintes de leur éloignement du Créateur.
Hachem les consola par la promesse d’être rapprochées sur l’autel : à travers le melah’ (le sel) et le nissoukh hamayim (l’aspersion d’eau).
Ce geste symbolise le retour de ce qui est matériel vers le spirituel, la réunion des eaux d’en bas avec celles d’en haut.
Le véritable travail de Hochana Rabba
Tel est le travail intérieur demandé à Hochana Rabba :
Orienter la source de nos désirs vers Hachem,
réunir la vitalité spirituelle et le désir terrestre,
faire que nos passions deviennent elles-mêmes des instruments de proximité divine.
C’est pour cela que ce jour est appelé “Yom Arava” :
la arava, sans goût ni parfum, symbolise la soif infinie de celui qui ne possède rien.
Et c’est justement cette soif, cette vacuité, qui permet la plus grande élévation.
L’eau, la prière et la vitalité
L’eau, sur le plan physique, ne tombe que par la force de la tefila.
De même, la vitalité spirituelle — la pluie céleste — ne descend dans nos vies qu’à travers la prière.
Le jugement de Hochana Rabba n’est donc pas qu’un jugement matériel :
il détermine la source de notre énergie pour l’année à venir.
Serons-nous des êtres vivifiés par notre lien au Créateur, nourris des “eaux d’en haut” ?
Ou vivrons-nous, H’ ‘has veshalom, uniquement portés par les désirs matériels, par les “eaux d’en bas” ?
Le signe de la lune
C’est pourquoi le simane de la lune rapporté par le Rama est si parlant :
celui dont l’ombre de la tête ne se reflète pas dans la lumière de la lune est en danger spirituel.
Il vivra peut-être physiquement, mais sans “roch”, sans souffle ni dimension spirituelle —
comme un corps en mouvement, privé de conscience et de direction.
C’est le sauvetage que l’on implore en suppliant « hochana »!
Hochana Rabba vient donc nous offrir la possibilité ultime de réunifier nos eaux,
de reconnecter notre désir à notre source,
et d’attirer sur nous une année de vitalité, de lumière et de proximité avec Hachem.