
Le Midrach Tan’houma nous enseigne que l’expression « hi ha’ola », employée à propos du sacrifice de l’Ola, fait allusion à Édom, qui s’est élevé tel un aigle et sera jugé par le feu. Cette comparaison, à première vue étonnante, mérite qu’on s’y attarde pour en saisir toute la portée.
Avraham incarne le service divin par le hessed, la bonté, tandis qu’Its’hak, son fils, représente l’avoda par la rigueur et la justice – la midat hadin. Sa perception du monde était telle qu’il considérait que devant le Créateur, aucune entité n’a d’existence propre. C’est pourquoi il était prêt à se donner entièrement en sacrifice. Bien qu’il ne fut pas offert concrètement, sa volonté totale d’annulation devant la volonté divine fut si authentique qu’Hachem considéra son acte comme accompli. C’est pour cela que nos Sages parlent des « cendres d’Its’hak » – éfer chel Its’hak – comme si elles avaient réellement reposé sur l’autel.
La notion même de korban (sacrifice) nous enseigne que toute créature appartient à son Créateur et finit par revenir à Lui. Celui qui apportait un animal devait s’identifier à lui et méditer sur le fait que c’est, en vérité, « l’animal en lui » qu’il devait offrir à Hachem – ses instincts, son égo, sa matière.
Essav, fils d’Its’hak, hérite aussi de cette midat hadin, cette vision du monde où l’existence n’est légitime que si elle est méritée. Mais là où son père canalisait cette rigueur pour se soumettre entièrement à la source de la vie, Essav en inverse la logique. Plutôt que de voir sa propre vie comme un don à mériter par le service divin, il se place lui-même au centre de toute valeur. Son égocentrisme le pousse à juger les autres uniquement selon l’importance qu’ils ont à ses yeux, et non en fonction de leur lien avec le Créateur.
La royauté d’Édom, héritière d’Essav et de son idéologie, prolonge cette vision dévoyée du monde, fondée sur l’égoïsme et la glorification de soi. Une idéologie qui pousse l’homme à consommer son entourage pour finalement se consumer lui-même. C’est ce qu’Its’hak a exprimé à son fils en lui disant : « Al h’arbeh’a tih’ye » – « Par ton épée tu vivras » – une parole lourde de sens : tu vivras par la force… mais aussi, inévitablement, tu périras par elle.
Revenons à présent au Midrach. Le korban ola, qui était entièrement consumé sur l’autel, symbolise l’abandon total de soi devant la volonté divine. Il incarne l’effacement de l’égo au profit du lien pur avec Hachem. C’est précisément pour cela qu’il représente la fin prophétique de la royauté d’Édom : un empire bâti sur l’orgueil, l’individualisme et le rejet de toute soumission à une autorité supérieure.
Le feu, élément central du korban ola, devient ici le symbole de la midat hadin, la rigueur divine. Ce feu-là, qui élève l’âme de celui qui s’annule devant Dieu, est aussi celui qui consume ceux qui déforment cette mida en l’utilisant à des fins personnelles. Ainsi, l’idéologie d’Édom, qui a perverti la rigueur en violence et l’exigence en domination, est vouée à être jugée et détruite par le même feu qu’elle a mal employé.