
S’il existe une tentation indéniablement présente chez l’homme, c’est bien celle de la quête de divertissement. Essayons d’en analyser la nature profonde.
Le terme hébraïque correspondant au jeu est chaachouim, un mot qui dérive de la répétition de la racine cha, signifiant « se tourner » (comme dans vayicha el Kayin). Or, si l’on se tourne puis que l’on se retourne une seconde fois, on revient précisément à son point de départ. Cette action, bien qu’elle implique du mouvement, n’aura en réalité servi à rien.
C’est précisément cela l’essence du divertissement : entrer dans une dimension où il y a certes de l’action (à l’image de ce « tournement »), mais sans qu’aucune finalité ne dépasse le jeu lui-même. Le divertissement nous offre ainsi une échappatoire au système de l’« obligation », en créant un monde parallèle où toutes les lois sont différentes.
En réalité, cette quête de divertissement révèle un besoin plus profond : celui de l’âme humaine d’aspirer à la menouha (le repos bien mérité), qui vient après l’accomplissement du travail.
À ce sujet, la Guemara décrit ainsi le Olam Haba : Tsadikim yoshvim – les justes sont assis. Cette image illustre le plaisir d’un repos bien mérité, où il n’est plus exigé de nous des « efforts violents ». Atarotehem beroshehem – leur couronne est sur leur tête. Cela symbolise le véritable kavod, ce sentiment d’exister pleinement, d’être en harmonie avec soi-même et avec sa mission accomplie. Enfin, venehenin miziv HaChekhina – ils jouissent de la splendeur de la Présence divine. Cela exprime le plaisir suprême de la connexion intime avec le Divin.
Cependant, il est évident que la recherche perverse du loisir, pour nous qui sommes encore dans ce monde, peut nous détourner de nos obligations et du travail acharné qui nous incombe. Néanmoins, à un certain niveau, cette déconnexion temporaire est indispensable à notre équilibre, tant physique que mental.
Ainsi, le Chabbat est considéré comme un avant-goût du Olam Haba, car durant ce jour, nous vivons comme si kol melakhteha asuya – « tout ton travail est accompli ». Ce retrait hebdomadaire du labeur reflète l’harmonie entre effort et repos, nous rappelant que le véritable plaisir réside dans l’équilibre entre ces deux dimensions.
À nous donc de faire preuve de sagesse en utilisant le divertissement comme un moyen ponctuel de recharger nos batteries, afin de mieux réinvestir le monde du devoir et de l’effort.
Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’en psychologie, la création d’un monde imaginaire par l’enfant est souvent une réaction naturelle face à l’angoisse provoquée par l’inaccessibilité immédiate de la satisfaction de ses désirs. Ce mécanisme, bien qu’illusoire, lui permet de trouver un certain équilibre émotionnel, tout comme le divertissement peut offrir à l’adulte une parenthèse nécessaire avant de reprendre sa mission dans le monde réel.