
Le Midrach rapporte qu’Hachem dit à Moché Rabbénou : « De même que J’ai rapproché Yitro sans le repousser, fais de même : rapproche-le et ne l’éloigne pas. » Cet ordre divin prend tout son sens lorsque l’on considère l’enseignement de nos Sages selon lequel on n’accepte pas de guérim à l’époque du Machia’h ni sous le règne du roi Chlomo. En effet, lorsque la vérité de la Torah est éclatante, il existe un risque que les conversions soient motivées par des intérêts personnels plutôt que par une sincère quête spirituelle. Or, la sortie d’Égypte, marquée par des miracles grandioses, s’apparente en cela aux deux périodes précitées. C’est pourquoi Hachem atteste ici de la sincérité de Yitro dans son désir de se convertir. De plus, la juxtaposition de la conversion de Yitro et du don de la Torah suggère que celle-ci ne se réalise pleinement qu’avec l’intégration des guérim au sein du Klal Israël.
C’est dans cette perspective que la Guemara (Pessa’him) enseigne que l’exil d’Israël n’a pour but que de permettre la conversion des guérim, leur présence étant essentielle à l’accomplissement du dessein divin. En effet, chaque peuple possède sa singularité, sa culture, sa manière de penser et ses compétences propres. Or, les convertis apportent avec eux ces richesses et les rattachent à la compréhension de la Torah et à l’accomplissement des mitsvot.
Selon le chla hakadoch, le nom Israël est l’acronyme de Yesh Shishim Ribo Otiyot LaTorah (« Il y a 600 000 lettres dans la Torah »), chaque âme juive correspondant à l’une de ces lettres. Mais les âmes des guérim, elles, sont associées aux couronnes des lettres (kitré otiyot), révélant ainsi les dimensions cachées du texte sacré. C’est pour cette raison que Moché Rabbénou ne pouvait saisir la Torah enseignée par Rabbi Akiva, lui-même bene guérim : il interprétait les couronnes des lettres, un niveau de compréhension que Moché ne maîtrisait pas.
Le Arizal éclaire sous un jour nouveau l’amour qu’Its’hak portait à Essav, qualifié de tsayid bepiv (« chasseur avec sa bouche »). Il avait perçu que la Torah orale (Torah chébe’al pé) atteindrait son apogée grâce aux convertis issus d’Essav, capables de capturer, par leur parole, les étincelles de sainteté disséminées parmi les nations.
Sachons donc apprécier chaque individu pour ses qualités uniques et reconnaissons que chacun a un rôle à jouer dans l’élévation du Klal Israël. Apprenons de tout homme, car chaque âme recèle une parcelle de vérité et une lumière qui lui est propre. De même que la Torah ne saurait être complète sans les couronnes qui ornent ses lettres , notre peuple s’enrichit de la diversité des âmes qui le composent. Puissions-nous toujours accueillir avec bienveillance ceux qui, avec sincérité, souhaitent se rapprocher d’Hachem et contribuer à l’éclat de Sa Torah.