
Il est crucial de réfléchir à ce qui motive profondément notre âme, car ce moteur est intimement lié à sa nature essentielle. Émanant du Kisse HaKavod (le Trône de Gloire), l’âme aspire naturellement au kavod. Elle est d’ailleurs elle-même désignée par ce terme (comme dans le verset : « Lema’an yezamerecha kavod « , Pour que mon âme Te chante).
Dans son sens commun, souvent teinté d’une connotation péjorative, le kavod est traduit par « honneur. » Cette recherche de l’honneur est pourtant largement critiquée dans nos textes : « HaKin’ah, HaTa’avah, veHaKavod motzi’in et haAdam min haOlam » (« La jalousie, les désirs et l’honneur font sortir l’homme du monde »).
Pour résoudre cette apparente contradiction, il faut comprendre que le kavod, dans sa forme la plus pure, ne se limite pas à la quête d’une reconnaissance extérieure. Il reflète plutôt le désir fondamental d’exister, de posséder une valeur intrinsèque, de donner un sens à sa vie et à sa quête spirituelle. C’est à ce kavod essentiel que la Michna fait référence en déclarant : « Ein Kavod Ela Torah » (« Le vrai kavod ne se trouve que dans la Torah »).
À l’inverse, la quête des honneurs n’est qu’une illusion. Elle représente le reflet subjectif (l’opinion d’autrui) d’un reflet trompeur (l’apparence que je projette), et n’a donc aucune valeur réelle. L’âme, issue du Kisse HaKavod, aspire à exister véritablement. Le mot kavod est d’ailleurs proche de kaved (ce qui est lourd, consistant), symbolisant ce qui a du poids, de la substance. Cette existence authentique se manifeste en révélant le Kavod d’Hachem sur terre, en devenant, par nos efforts, un reflet de Sa splendeur divine.
Le tov (le bien, ou le plaisir) joue aussi un rôle important dans les aspirations de l’âme : « Ein Tov Ela Torah » (« Le vrai bien ne se trouve que dans la Torah »). Cependant, tandis qu’un homme privé de plaisir peut devenir frustré, celui qui est privé d’honneur, de valeur et de sens sombrera inévitablement dans la folie. Dans un tel cas, le mécanisme de défense de l’esprit cherchera probablement à compenser ce vide en inventant une quête illusoire, aussi vaine soit-elle, ou en construisant une fausse identité.