
Les cinq événements de Ticha BeAv : la brisure de la Mal’hout
Après avoir analysé les cinq événements du 17 Tamouz, qui correspondent au premier hé du Nom de Havaya, nous pouvons à présent comprendre les cinq événements de Ticha BeAv.
Le premier hé renvoie à la Bina, la compréhension profonde, la clarté intérieure reçue au moment de Matan Torah.
Le deuxième hé, quant à lui, correspond à la Mal’hout, la royauté d’Hachem telle qu’elle doit se dévoiler concrètement dans le monde.
Pour bien comprendre cela, rappelons que le chiffre cinq ne représente pas seulement une quantité. Il représente une structure complète : un point central entouré de ses quatre directions.
Le centre représente le cœur, le point vital.
L’avant représente la direction vers laquelle on avance, le but à atteindre.
L’arrière représente ce que l’on quitte, ou ce dont on s’éloigne.
La droite représente le point fort.
La gauche représente le point plus fragile, celui qui demande protection.
À partir de cette structure, nous pouvons relire les cinq événements de Ticha BeAv.
Le premier événement est la faute des explorateurs. À la suite de cette faute, il fut décrété que nos ancêtres ne rentreraient pas en Erets Israël. Cet événement correspond au point central de la brisure de la Mal’hout.
En effet, la royauté d’Hachem sur terre ne peut être pleinement perçue qu’en Erets Israël. C’est dans cette terre que la présence divine se révèle de façon concrète dans l’histoire, dans la nation, dans la Torah vécue et dans le Beth Hamikdach. Refuser Erets Israël, c’est donc atteindre le cœur même du dévoilement de la Mal’hout.
La destruction du premier Beth Hamikdach correspond à la droite, au point fort. À l’époque du premier Temple, la présence divine était extrêmement perceptible. La Chekhina y résidait avec force, les miracles y étaient visibles, et la royauté d’Hachem rayonnait dans le monde. Sa destruction représente donc la destruction du point fort de la Mal’hout.
La destruction du deuxième Beth Hamikdach correspond à la gauche. Le deuxième Temple possédait une dimension spirituelle plus voilée, plus fragile. Plusieurs éléments essentiels du premier Temple n’y étaient plus présents de la même manière. Il représentait donc une forme de sainteté plus délicate, qui demandait davantage de protection. Sa destruction correspond à l’atteinte du côté gauche de la Mal’hout.
L’avant, c’est la direction vers laquelle la Mal’hout doit avancer : l’avènement du Machia’h, qui dévoilera pleinement le règne d’Hachem sur toute la terre. Or, la destruction de Betar et la fin de Bar Kokhba représentent précisément l’effondrement d’un espoir messianique. Rabbi Akiva avait vu en Bar Kokhba un potentiel Machia’h. Lorsque Betar fut détruite, ce n’est pas seulement une ville qui tomba : c’est un élan vers la délivrance qui fut brisé.
Enfin, le fait que la ville fut labourée, ne’hrecha ha’ir, correspond à l’arrière. Jérusalem avait acquis un niveau de sainteté, de construction et de présence divine. Lorsqu’elle fut labourée comme un champ, cela symbolisa un retour en arrière terrible : la ville sainte, au lieu de s’élever vers sa reconstruction, fut ramenée à un état de désolation.
Nous comprenons alors que les cinq événements de Ticha BeAv correspondent aux cinq points du hé final du Nom de Havaya. Ils touchent la Mal’hout dans sa totalité : son centre, sa force, sa fragilité, sa direction d’avenir et son enracinement déjà acquis.
Ticha BeAv n’est donc pas seulement un jour de tristesse. C’est le jour où nous ressentons l’absence du règne d’Hachem dans le monde. Nous pleurons parce que la Mal’hout est voilée, parce qu’Erets Israël n’est pas encore pleinement révélée dans sa sainteté, parce que le Beth Hamikdach est détruit, parce que le Machia’h n’est pas encore venu, et parce que Jérusalem n’a pas encore retrouvé toute sa splendeur.
Mais nos Sages nous enseignent une chose fondamentale : celui qui pleure la destruction de Jérusalem méritera de voir sa consolation.
Cela signifie que les larmes de Ticha BeAv ne sont pas des larmes de désespoir. Ce sont des larmes de désir. En pleurant ce qui manque, nous montrons que nous attendons encore, que nous espérons encore, que nous voulons encore le dévoilement d’Hachem dans le monde.
Et c’est précisément par ce manque ressenti, par cette attente profonde et par ce désir sincère, que nous mériterons la reconstruction de Jérusalem, le retour du Beth Hamikdach, et le dévoilement complet de la Mal’hout d’Hachem sur toute la terre, très bientôt, amen.