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« Réé » et « Tichmeou » : voir la vérité et apprendre à la choisir

La paracha commence par les mots :

« Réé » et « Tichmeou » : voir la vérité et apprendre à la choisir

La paracha commence par les mots :

רְאֵה, אָנֹכִי נֹתֵן לִפְנֵיכֶם הַיּוֹם, בְּרָכָה וּקְלָלָה.
« Vois, Je place aujourd’hui devant vous la bénédiction et la malédiction. »

Puis le passouk suivant poursuit :

אֶת־הַבְּרָכָה, אֲשֶׁר תִּשְׁמְעוּ אֶל־מִצְוֹת ה׳ אֱלֹקֵיכֶם, אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוֶּה אֶתְכֶם הַיּוֹם.
« La bénédiction, lorsque vous écouterez les commandements d’Hachem… »

La Torah commence donc par faire appel à la visionRéé, « vois » — puis elle poursuit avec l’écoutetichmeou, « vous écouterez ».

Pourquoi ce changement de sens ?

En réalité, la vision et l’écoute ne représentent pas seulement deux sens physiques. Elles correspondent également à deux modes de perception, à deux approches de la vérité et même à deux facultés différentes de l’intelligence humaine.

La vision : recevoir une vérité dans son ensemble

La vision permet de saisir une réalité en un instant.

Lorsque l’homme regarde un paysage, il n’a pas besoin d’en examiner séparément chaque élément avant de comprendre ce qui se trouve devant lui. L’image lui apparaît immédiatement dans son ensemble.

Sur le plan intellectuel, cette perception peut être rapprochée de la ‘Hokhma, la faculté de recevoir une idée dans sa forme première et globale.

La ‘Hokhma est comme un éclair qui traverse l’esprit. Une vérité apparaît soudainement, avant même d’avoir été longuement analysée ou démontrée.

La vision nous offre ainsi de la hauteur. Elle nous permet de contempler la réalité dans son ensemble et de percevoir clairement les deux chemins placés devant nous : celui de la bénédiction et celui de la malédiction.

C’est pourquoi la Torah commence par :

« Réé » — « Vois ! »

Avant de pouvoir choisir correctement, l’homme doit d’abord acquérir une vision juste du monde. Il doit comprendre qu’il existe un ordre moral et spirituel : le bien conduit à la bénédiction, tandis que le mal éloigne l’homme de sa véritable élévation.

L’écoute : analyser pour atteindre le sens

L’écoute fonctionne différemment.

Lorsque nous entendons une phrase, nous ne recevons pas tous les sons simultanément. Les mots arrivent successivement. L’esprit doit les rassembler, les relier et les interpréter afin d’en découvrir le sens global.

L’écoute demande donc un véritable travail intérieur.

Elle peut être rapprochée de la Bina, la faculté d’analyse et de compréhension.

La Bina ne se contente pas de recevoir une idée. Elle la développe, l’examine, la confronte à d’autres possibilités, distingue le vrai du faux et élimine progressivement les hypothèses incorrectes.

C’est une véritable guerre de l’esprit.

Les raisonnements s’opposent, les questions surgissent, les réponses sont vérifiées, jusqu’à ce que l’homme parvienne à une conclusion solide et authentique.

Ainsi, si la vision permet de percevoir la bénédiction et la malédiction, c’est l’écoute qui permet réellement de choisir la bénédiction.

Pour faire triompher le bien sur le mal, une perception générale ne suffit pas toujours. Il faut analyser chaque situation, peser les différentes possibilités, reconnaître les pièges du mauvais penchant et décider concrètement de la conduite juste.

Voir le chemin, puis le parcourir

Les deux approches sont donc nécessaires et complémentaires.

La vision nous révèle la direction générale.

L’écoute nous permet d’avancer sur le chemin.

La ‘Hokhma nous donne une conscience élevée de la réalité : elle nous fait comprendre qu’Hachem dirige le monde, que la Torah représente le bien véritable et que chaque action produit des conséquences spirituelles.

Mais cette conscience doit ensuite pénétrer dans les détails de la vie.

Lorsqu’une personne se trouve face à une tentation, à un doute ou à une décision difficile, elle ne peut pas se contenter de déclarer qu’elle connaît le bien. Elle doit réfléchir, analyser, discerner et transformer sa vision générale en un choix concret.

C’est alors que la Bina entre en action.

La Torah semble donc nous enseigner :

« Réé » : commence par voir clairement la vérité.

Puis :

« Tichmeou » : utilise ton intelligence et ton discernement afin de vivre conformément à cette vérité.

Les différentes parties de la Torah

Nous pouvons également retrouver ces deux approches dans les différentes dimensions de l’étude de la Torah.

La pensée juive, la Aggada, la Hachkafa, les enseignements profonds de la Torah et de la Kabbala donnent à l’homme une vision d’ensemble. Ils lui permettent de contempler la grandeur d’Hachem, le sens de la Création, la mission de l’homme et la différence profonde entre le bien et le mal.

Ces enseignements correspondent davantage à la dimension de la vision. Ils élèvent l’homme et lui montrent la destination vers laquelle il doit se diriger.

L’étude de la Guemara et de la Halakha développe, quant à elle, la faculté d’analyse.

Dans la Guemara, les hypothèses sont examinées, les objections sont soulevées, les raisonnements sont confrontés et les erreurs sont repoussées. L’esprit doit travailler avec rigueur jusqu’à parvenir à une conclusion vraie et précise.

Cette étude correspond davantage à la dimension de l’écoute, car elle demande de recueillir plusieurs éléments, de les organiser et de les interpréter correctement.

La Hachkafa nous montre pourquoi vivre.

La Halakha nous enseigne comment vivre.

La première nous dévoile la grandeur du chemin ; la seconde nous apprend à avancer correctement à chaque pas.

Conclusion

La Torah commence par la vision, car l’homme doit d’abord percevoir la vérité et comprendre la direction générale de son existence.

Mais elle poursuit avec l’écoute, car une belle vision ne suffit pas. Il faut ensuite entrer dans le combat du libre arbitre, analyser les situations et choisir concrètement le bien.

La ‘Hokhma nous permet de voir la bénédiction.

La Bina nous permet de la choisir.

L’étude de toutes les dimensions de notre Torah Hakedocha développe ainsi en nous l’ensemble des facultés nécessaires pour réussir notre mission : recevoir la vérité, la comprendre, la traduire en actes, repousser le mal et nous attacher au bien.

C’est de cette manière que nous pourrons choisir véritablement le tov et mériter toutes les berakhot qu’Hachem place devant nous.

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