
Les Dix Commandements : cinq dialogues entre les deux Tables
Le Zohar Hakadoch nous enseigne que les Dix Commandements n’ont pas été disposés au hasard sur les deux Tables de la Loi. Les cinq commandements de la première Table se trouvent face aux cinq commandements de la seconde : le premier face au sixième, le deuxième face au septième, et ainsi de suite.
Nous devons donc comprendre qu’il existe un lien profond entre chaque commandement et celui qui lui fait face.
Pourtant, à première vue, ces commandements semblent traiter de sujets totalement différents. Les premiers concernent principalement la relation entre l’homme et Hachem, tandis que les suivants régissent les rapports entre les hommes.
Tâchons de découvrir le message qui se cache derrière chacun de ces rapprochements.
| Première Table | Deuxième Table |
|---|---|
| 1. Je suis Hachem, ton Dieu. | 6. Tu ne tueras pas. |
| 2. Tu n’auras pas d’autres dieux. | 7. Tu ne commettras pas d’adultère. |
| 3. Tu ne prononceras pas le Nom d’Hachem en vain. | 8. Tu ne voleras pas. |
| 4. Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier. | 9. Tu ne porteras pas de faux témoignage. |
| 5. Honore ton père et ta mère. | 10. Tu ne convoiteras pas. |
1. « Je suis Hachem, ton Dieu » face à « Tu ne tueras pas »
L’homme a été créé à l’image de Dieu. Reconnaître Hachem implique donc également de reconnaître la valeur divine présente en chaque être humain.
Tuer un homme, c’est porter atteinte à une créature façonnée à l’image de son Créateur. Mais ce commandement peut aussi être compris d’une manière plus intérieure : nous ne devons pas « tuer » l’autre en l’effaçant de notre pensée, en refusant de l’écouter ou en considérant qu’il n’a aucune place dans notre monde.
De même que nous acceptons la présence et l’autorité d’Hachem, nous devons apprendre à accepter l’existence d’autrui, même lorsqu’il pense différemment de nous.
Respecter un homme, c’est ainsi respecter l’image divine qu’il porte en lui.
2. « Tu n’auras pas d’autres dieux » face à « Tu ne commettras pas d’adultère »
La relation entre l’homme et Hachem doit être exclusive. Le peuple juif ne peut servir Hachem tout en se tournant vers des divinités étrangères.
Il en va de même dans la relation conjugale. Le mariage repose sur la fidélité et sur l’engagement exclusif de chacun envers son conjoint.
L’idolâtrie est donc une forme d’infidélité spirituelle, tandis que l’adultère est une infidélité humaine et conjugale.
Dans les deux cas, une alliance sacrée est trahie. Hachem attend de l’homme une fidélité entière, tout comme chaque époux doit pouvoir compter sur la fidélité de son conjoint.
3. « Tu ne prononceras pas le Nom d’Hachem en vain » face à « Tu ne voleras pas »
Le Nom d’Hachem est sacré. Il ne doit pas être utilisé sans raison, prononcé avec légèreté ou détourné de sa véritable fonction.
Employer le Nom divin de manière abusive revient, d’une certaine manière, à s’emparer de quelque chose qui ne nous appartient pas. C’est comme si l’on « volait » le Nom d’Hachem pour l’utiliser à des fins personnelles.
De la même manière, dans les relations humaines, nous devons respecter les biens et la propriété d’autrui. Ce qui appartient à l’autre ne peut être pris ou utilisé sans son accord.
Ce rapprochement nous enseigne donc une même exigence : respecter ce qui ne nous appartient pas. Le Nom d’Hachem appartient au domaine du sacré, et les biens de notre prochain doivent également être respectés.
4. « Souviens-toi du jour du Chabbat » face à « Tu ne porteras pas de faux témoignage »
Observer le Chabbat, c’est témoigner qu’Hachem a créé le monde en six jours et qu’Il a cessé Son œuvre le septième jour.
Chaque semaine, lorsque le Juif respecte le Chabbat, il proclame par ses actes que le monde possède un Créateur et que l’univers n’est pas le fruit du hasard.
Le Chabbat constitue donc un véritable témoignage de foi.
À l’inverse, profaner le Chabbat revient, d’une certaine manière, à porter un faux témoignage sur la création du monde. Celui qui affirme croire qu’Hachem a créé le monde, mais refuse de respecter le jour qui en témoigne, crée une contradiction entre ses paroles et ses actes.
Le respect du Chabbat est ainsi le témoignage vivant de notre foi en la création divine.
5. « Honore ton père et ta mère » face à « Tu ne convoiteras pas »
Honorer ses parents, c’est reconnaître que nous n’avons pas choisi seuls notre venue au monde. Nous devons notre existence à Hachem, qui nous a donné la vie par l’intermédiaire de notre père et de notre mère.
Accepter l’autorité parentale nous apprend ainsi à accepter que nous ne sommes pas les seuls maîtres de notre existence.
De la même manière, ne pas convoiter ce qui appartient à autrui signifie accepter le projet divin. Hachem accorde à chacun les biens, les qualités, les épreuves et la mission qui lui correspondent.
Convoiter, ce n’est pas simplement désirer un objet. C’est parfois refuser la part qu’Hachem nous a donnée et vouloir prendre celle qu’Il a destinée à quelqu’un d’autre.
La Torah nous demande donc de respecter nos parents, qui sont à l’origine de notre existence, mais aussi de respecter le plan divin selon lequel chacun reçoit ce dont il a besoin pour accomplir sa mission.
Conclusion
Les deux Tables ne sont donc pas séparées. La relation entre l’homme et Hachem est inséparable de la relation entre l’homme et son prochain.
On ne peut prétendre aimer Hachem tout en méprisant les hommes qu’Il a créés. On ne peut respecter le sacré tout en portant atteinte aux biens, à la dignité ou à la famille d’autrui.
Les Dix Commandements nous enseignent ainsi que la véritable spiritualité ne se limite pas à la synagogue ou à la prière. Elle doit se manifester dans notre manière de parler, de respecter, d’aimer et de vivre avec les autres.
Les deux Tables ne forment finalement qu’une seule Torah : servir Hachem en respectant l’homme, et respecter l’homme parce qu’il est une créature d’Hachem.