חודש אדר

La Guemara dans Taanit nous enseigne : « Mi shenichnas Adar, marbim bessimha », « Lorsqu’Adar commence, on multiplie la joie ». Mais pour bien comprendre ce que cela implique, il nous faut d’abord saisir la véritable essence de la simha. Pourquoi et comment doit-elle être intensifiée en ce mois particulier ?

Dans les traités Soukka et Erouvine, les Sages distinguent deux mesures du tefah : le tefah sohek (littéralement « qui rit », plus large) et le tefah atsouv (« triste », plus étroit). Cette distinction nous révèle un enseignement profond : la joie est associée à l’expansion, à la sortie hors de ses propres limites, tandis que la tristesse provient du repli sur soi, du sentiment d’être enfermé.

On retrouve cette idée dans le verset « Sameh’im betsetam » – « Ils se réjouissent à leur sortie » – qui parle des luminaires célestes et illustre cette notion de sortie libératrice comme source de bonheur.

C’est pourquoi le Sefer Yetsira, selon la lecture du Ari zal et du Gaon de Vilna, associe le mois d’Adar au rire et à la tribu de Naftali, comme il est dit : « Naftali seva ratsone oumale birkat Hachem ». La particularité de Naftali réside dans sa rapidité, décrite par l’image de la ayala shelouha (une biche libre et agile). Cette célérité symbolise la capacité de dépasser ses limites, d’échapper aux entraves et d’accéder ainsi à une joie véritable.

À l’inverse, il existe un faux sentiment de libération, représenté par la moquerie et le délire (sh’ok hakessil). Ces artifices donnent l’illusion d’un dépassement des contraintes, mais une fois l’ivresse dissipée, la tristesse revient avec encore plus de force. C’est pourquoi les idoles des cultes étrangers sont appelées « atsavehem », dérivé de « atsev » – triste.

Le mois d’Adar est indissociable du Ness de Pourim. Certes, tout miracle représente un dépassement des limites naturelles, mais alors pourquoi la joie est-elle particulièrement liée à ce mois, alors que d’autres miracles jalonnent le calendrier juif, comme à Pessa’h ?

La réponse réside dans la nature même du miracle de Pourim : il est caché. Contrairement aux prodiges éclatants de Pessa’h, où la Providence divine se manifeste de façon évidente, Pourim nous enseigne que même dans un contexte d’exil, où la Hanhaga d’Hachem semble voilée, il n’y a en réalité aucune véritable limite.

Même lorsque tout semble indiquer que l’on est « enfermé », notre lien avec la Torah et les Mitsvot nous connecte au divin et nous élève au-delà des barrières apparentes. C’est précisément ce qui fait d’Adar un mois propice, plus que tout autre, à l’approfondissement de la simha.

Ainsi, en ce mois, nous avons l’opportunité de cultiver une joie véritable : celle qui naît de l’accomplissement des Mitsvot, en prenant conscience qu’elles nous offrent bien plus qu’un simple cadre de vie. Elles sont une invitation à nous libérer des limites pesantes de la matière pour nous attacher aux joies infinies de la vie éternelle.

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