מלכים

L’épisode où Éliahou HaNavi défie les prêtres de Baal afin de prouver aux Bné Israël qu’Hachem est le seul et unique D.ieu soulève plusieurs questions essentielles :

  1. Comment un tel doute pouvait-il subsister dans le cœur des Bné Israël ? Ne savaient-ils pas qu’Hachem les avait faits sortir d’Égypte, leur avait donné la Torah et les avait accompagnés tout au long de leur histoire ? Comment pouvaient-ils accorder du crédit à la divinité de Baal, dont le culte était si abject ?
  2. De leur côté, les prêtres de Baal espéraient-ils réellement que leur sacrifice serait accepté ? Et si c’était le cas, pourquoi ont-ils perdu espoir en fin de journée ?
  3. Enfin, comment comprendre qu’Éliahou semble remettre la faute sur Hachem en lui adressant ces mots : « Veata hassibota et libam ah’oranit » (« Et Toi, Tu as détourné leur cœur en arrière ») ?

Pour comprendre cette épreuve, il faut saisir un principe fondamental du monde : celui du machpia et du mouchpa, de l’émetteur et du récepteur. De même que ces forces existent dans la sainteté, Hachem a instauré un équilibre dans les forces de l’impureté (« Zé l’oumat zé assa HaElokim » – « D.ieu a fait l’un en parallèle de l’autre ») afin de donner à l’homme un libre arbitre authentique.

Le Radal explique que Baal représentait la force émettrice et le principe masculin des ko’hot hatouma (forces d’impureté). Son nom même, Baal (propriétaire, maître ou époux), évoque celui qui détient et domine. C’est pour cela que son culte consistait à s’avilir devant lui, en renonçant à toute dignité humaine, afin de devenir un réceptacle de son influence.

Cette dimension explique pourquoi les Bné Israël étaient troublés : le culte de Baal semblait « fonctionner ». Il donnait l’illusion d’une source spirituelle conférant prospérité et abondance. Les prêtres de Baal s’attendaient donc à voir leur sacrifice accepté, car ils avaient l’habitude d’un culte qui produisait des effets. Mais en fin de journée, face à l’absence de réponse, leur espoir s’effondre. Pourquoi ? Parce que les forces obscures, bien que dotées d’un pouvoir temporaire par Hachem, sont régies par des règles strictes. Or, dans la structure spirituelle du monde, la journée est le temps d’expression du principe masculin, tandis que la nuit est celui de son pendant féminin.

À ce moment-là, Hachem démontre qu’Il est le Créateur de toute chose, souverain au-dessus de toutes les forces qu’Il a placées dans la nature. Non seulement Il bloque le pouvoir de Baal – qui n’est qu’une de Ses créatures –, mais Il intervient également en fin de journée en consumant le sacrifice d’Éliahou, et ce, malgré l’abondante eau qui avait été versée dessus sur son ordre. Par cet acte, Hachem rappelle qu’Il est le maître absolu des lois de la nature et qu’Il peut les modifier à Sa guise.

Face à ce miracle éclatant, les Bné Israël comprennent alors une vérité essentielle : Hachem Hou HaElokim – l’attribut de miséricorde (Havaya) et l’attribut de rigueur (Elokim) ne sont en réalité que les deux facettes d’un même Créateur unique, qui règne sur toute existence.

Enfin, dans sa prière, Éliahou adresse à Hachem une requête singulière : « Veata hassibota et libam ah’oranit » – « Et Toi, Tu as détourné leur cœur en arrière ». Il exprime ici une profonde réflexion : il considère que l’épreuve imposée aux Bné Israël par l’illusion du pouvoir accordé à Baal est trop difficile pour eux. Ainsi, il implore Hachem d’alléger cette épreuve.

Car Tsadik gozer veHakadoch Baroukh Hou mekayem – un juste peut décréter, et Hachem accomplit. Le tsadik a la capacité d’intervenir dans les règles du monde selon sa propre perception de ce qui est juste, lorsqu’il estime que telle est la mission que lui confie Hachem. C’est ainsi que, plus tard, les Anshe Knesset HaGuedola éradiqueront définitivement le yetser hara de l’avoda zara.

Grâce à cette téchouva collective, la pluie tant attendue finit par tomber.

Cet épisode nous enseigne une leçon fondamentale : dans nos vies quotidiennes, toute force accordée au mal n’est qu’une illusion destinée à nous éprouver. Le véritable tov, la seule source de bien absolu, se trouve entre les mains d’Hachem, qui n’attend qu’une chose : que Ses enfants reviennent vers Lui afin de les sauver.

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