
וּמִקְנֶה רַב הָיָה לִבְנֵי רְאוּבֵן וְלִבְנֵי גָד עָצוּם מְאֹד, וַיִּרְאוּ אֶת־אֶרֶץ יַעְזֵר וְאֶת־אֶרֶץ גִּלְעָד, וְהִנֵּה הַמָּקוֹם מְקוֹם מִקְנֶה.
Le Midrach rapporte un reproche adressé aux tribus de Gad et de Réouven. Lorsqu’elles virent que les terres situées de l’autre côté du Jourdain étaient particulièrement favorables à leurs troupeaux, elles demandèrent à s’y installer plutôt que d’entrer en Erets Israël avec le reste du peuple.
Le Midrach explique qu’elles ont inversé les priorités : elles ont fait du secondaire l’essentiel, et de l’essentiel le secondaire. Autrement dit, elles ont donné trop de place au matériel, au détriment de la dimension spirituelle d’Erets Israël.
Bien entendu, il ne s’agit pas de personnes simples. Nous parlons de géants spirituels. Une fois encore, la Torah descend jusque dans les profondeurs de l’âme humaine pour y déceler une erreur extrêmement fine, presque imperceptible pour nous. En réalité, leur intention n’était pas simplement de s’enrichir pour le plaisir de posséder. Ils voulaient développer leurs biens, faire fructifier la richesse qu’Hachem leur avait donnée, afin de pouvoir faire du bien, aider les pauvres et soutenir de grandes causes. Mais malgré tout, au fond d’eux, il restait une petite part de matérialisme que la Torah vient révéler.
Pourtant, dans Parachat Vézot Haberakha, il est dit au sujet de Gad qu’il désira cette terre car c’est là que la part de Moché Rabbénou était cachée, puisque Moché y fut enterré. Cela semble donc être une motivation profondément spirituelle.
En réalité, il n’y a pas forcément de contradiction. Comme l’enseignent nos Sages :
אוֹר וְחֹשֶׁךְ מִשְׁתַּמְּשִׁים בְּעִרְבּוּבְיָא
la lumière et l’obscurité peuvent malheureusement coexister dans le cœur de l’homme.
Une même décision peut contenir à la fois une intention élevée et une part plus obscure, plus intéressée, plus matérielle. La Torah nous apprend ainsi l’importance de l’introspection : savoir examiner nos motivations profondes, faire le tri en nous-mêmes, et vérifier si nos choix sont réellement guidés par la volonté d’Hachem.
Il n’est d’ailleurs pas anodin que Moché Rabbénou ait été enterré précisément dans la région qui appartenait auparavant à Si’hon et Og, les deux grands géants qu’il dut combattre. Symboliquement, ces deux géants représentent les grandes forces intérieures que l’homme doit vaincre pour mériter Erets Israël dans toute sa dimension spirituelle : la gaava, l’orgueil, et la taava, le désir matériel.
Avant d’entrer pleinement dans la sainteté d’Erets Israël, il faut combattre ces deux géants intérieurs. Et cela constitue également un maassé avot siman labanim : ce qui est arrivé à nos pères est un signe pour leurs enfants. Dans notre génération aussi, nous devons lutter contre les forces de Edom et Ichmaël, contre la gaava et la taava, contre l’orgueil et les pulsions qui éloignent l’homme d’Hachem.
De même, les quarante-deux étapes traversées par les Bné Israël dans le désert, mentionnées dans Parachat Massé, correspondent au Nom divin de quarante-deux lettres. Cela nous enseigne que chaque étape, chaque épreuve, chaque déplacement dans le désert avait un sens profond : réparer, révéler et faire briller une partie du Nom d’Hachem.
Là encore, maassé avot siman labanim. Les étapes douloureuses que traversent les Bné Israël dans le désert de l’exil ne sont pas vaines. Chaque difficulté, chaque combat, chaque chute et chaque relèvement participent à une réparation profonde.
Et à la fin de ce long voyage, toutes ces étapes révéleront le Nom d’Hachem dans toute sa splendeur.